mardi 22 mai 2007

LA DIDACTIQUE DU FLE

THÈME 3:


III-LA DIDACTIQUE DU F.L.E



Les grands axe de la didactique du F.L.E se regroupent en:



  1. Linguistique


  2. Phonétique


  3. Sémantique


  4. Gram.traditionnelle


  5. Gram. implicite


  6. Gram. cognitive


  7. L'interculturalité


  8. Stéréotypes

  • La prise de parole


  • La gestuelle


Introduction à la linguistique française



Chapitre 1: Concepts de base



  • Pourquoi étudier la langue?

  • Les points de vue normatif et descriptif

  • La méthodologie scientifique

  • Sources des données linguistiques

  • Performance et compétence

  • Langue, parole et langage

  • Idiolecte, dialecte, sociolecte

  • Les universaux du langage

  • Modalité: l'oral et l'écrit

  • Axe paradigmatique et axe syntagmatique

  • Forme et substance

  • Signifiant, signifié et signe

  • Arbitraire du signe

  • Les fonctions linguistiques

  • La commutation des codes

  • Le langage humain et les autres langages

  • Synchronie et diachronie


Pourquoi étudier la langue?
Quand on y pense, on constate que le langage humain est un phénomène assez extraordinaire. Par le simple fait de faire bouger les cordes vocales d'une certaine façon, nous pouvons influencer une autre personne d'une manière prévisible.

Très souvent, les énoncés que nous entendons et que nous prononçons sont nouveaux pour nous: c'est la première fois de notre vie que nous les utilisons. Par exemple, si vous considérez l'ensemble des phrases que vous avez lues jusqu'ici dans ce manuel, il est très probable que presque toutes sont nouvelles pour vous.

Pour le dire autrement, les langues se caractérisent par l'ouverture et par la créativité. Mais en même temps, en comparant les différentes langue entre elles, nous constatons des traits communs essentiels partagés par toutes. Les paramètres de l'ouverture semblent donc fixés de façon assez sévère.

Autre aspect surprenant: malgré le fait que nous connaissons tous des milliers de mots (et des millions de phrases possibles), nous arrivons à trouver, très rapidement et sans même y faire attention, les mots et les phrases nécessaires dans notre communication de tous les jours. Ceux qui apprennent une langue étrangère peuvent mesurer l'écart entre les difficultés qu'ils ont dans les premières années de l'apprentissage d'une autre langue et leur utilisation quotidienne de leur langue maternelle.

Non seulement avons-nous la capacité de manipuler un nombre énorme de mots et de phrases, mais nous pouvons aussi ajuster notre utilisation de la langue pour tenir compte du contexte. Par exemple, il arrive parfois qu'on ne comprend pas un mot qu'on entend ou qu'on lit. Malgré cela, le plus souvent on arrive à combler de telles lacunes au moyen du contexte. Ou encore, dans une situation où il est difficile d'entendre l'autre personne (musique forte, machines bruyantes) nous faisons les ajustements nécessaires pour que la communication fonctionne.

Et ce n'est pas tout: il n'existe pas deux personnes qui parlent de la même façon. C'est même l'existence de ce genre de variation qui nous permet d'identifier notre interlocuteur au téléphone, par exemple. Mais malgré ces divergences interindividuelles, nous comprenons la plupart des phrases que nous entendons.
Malgré la richesse de nos capacités linguistiques, il n'existe jusqu'à présent aucune grammaire complète d'aucune langue humaine. Nous savons comment parler, mais dans l'ensemble, nous avons beaucoup de difficulté à expliciter ce que nous savons. C'est justement la tâche de la linguistique: rendre explicite ce que nous savons sur la langue.

Les points de vue normatif et descriptif
La linguistique est l'étude scientifique du langage humain. Cette définition très générale appelle un certain nombre d'explications et de distinctions.
Considérons les phrases suivantes:
-J'ai mis la tasse sur la table.
-Mes ami est là.
-Elle a septante-trois ans.
-On a pris une autobus. Ça a coûté quinze piasses.
-Fais pas ça!
-Où est la tasse que j'ai mis sur la table?
-Bébé dodo.
-Elle est assez cute.
-C'est une professeure de linguistique à Montréal.
-ARRIVE DEMAIN. AMITIES. PAUL.
-Nymphes de gel

Beau danger superbe

Devant ce front lisse

Alain Grandbois: Le silence
-l'école [kell]

j'entends [t]

je bouffe pas [fubp]


Selon un point de vue strictement normatif (c'est-à-dire du point de vue des dictionnaires et des grammaires de ce qu'on appelle le français standard), toutes les phrases sauf la première seraient fautives.

La méthodologie scientifique
Le statut scientifique de la linguistique implique un certain nombre de contraintes sur la méthode. En général, on procède par la proposition de modèles qu'on essaie de tester contre des données pour les infirmer. à la lumière des faiblesses découvertes, on modifie le modèle pour le tester encore, et ainsi de suite.
Pour être utilisable, un modèle doit être explicite et falsifiable. Prenez le modèle suivant:
Le nom ou substantif est le mot qui sert à désigner, à "nommer" les êtres animés et les choses; parmi ces dernières, on range, en grammaire, non seulement les objets, mais encore les actions, les sentiments, les qualités, les idées, les abstractions, les phénomènes, etc.

Une telle définition n'est ni explicite, ni falsifiable. Elle n'est pas explicite puisqu'elle se termine par etc. qui laisse entendre qu'il existe d'autres sortes d'objets non spécifiés. Elle n'est pas falsifiable non plus: puisqu'il n'existe pas de définition satisfaisante de ce que c'est qu'un phénomène, on ne peut pas déterminer si quelque chose serait ou non un phénomène.
Les définitions de la sorte sont courantes en grammaire normative, où on peut faire appel à l'intelligence des lecteurs pour combler les lacunes de la définition. Il suffit de suggérer la réponse à une question, non pas de la rendre totalement explicite. L'avantage d'une définition de la sorte est qu'elle est relativement utile pour donner l'idée générale à transmettre.

Une définition linguistique, par contre, doit obligatoirement se prêter à la falsification. Prenons un exemple. Sur la base de mots comme acheteur, vendeur, lanceur, on pourrait formuler le modèle suivant:
Tous les noms français qui se terminent en -eur sont masculins.
Cette définition est falsifiable: il est facile de trouver des exceptions, comme longueur, pâleur ou rougeur, qui sont féminins. Des exemples de la sorte, qui viennent contredire un modèle, s'appellent des contre-exemples. À la lumière de ces contre-exemples, on pourrait reformuler le modèle ainsi:
Les mots français à base verbale + -eur comme achet + eur, vend + eur sont masculins, mais les mots français à base adjectivale + -eur comme longu + eur, pâl + eur sont féminins.
Ce modèle est supérieur au précédent, mais il reste encore des problèmes. Que fait-on dans le cas de formes comme peur et honneur qui ne se divisent pas en base plus -eur? En fait, il faut réviser le modèle encore une fois:
Les mots français à base verbale + -eur sont masculins, et les mots français à base adjectivale + - eur sont féminins. Par contre, le genre des mots français qui se terminent en -eur mais qui n'ont qu'un seul morphème dépend du mot individuel.

Sources des données linguistiques

Les données linguistiques proviennent d'une variété de sources, principalement l'observation, l'intuition linguistique, l'élicitation et les corpus.

L'observation

Tout autour de nous, on se sert de la langue. Le plus souvent, ce qui nous intéresse, c'est le contenu de ce qu'on dit ou écrit. La forme particulière nous intéresse moins.

Expérience: Pour vous convaincre du statut secondaire de la forme dans la communication quotidienne, écoutez quelqu'un qui parle, en personne, à la radio, ou à la télévision. Au bout de trente secondes, essayez de répéter ses paroles exactes. Ensuite, essayez de résumer la signification de ce que vous venez d'entendre. Laquelle des deux activités est plus facile?

Par contre, ce qui nous intéresse en tant que linguistes est justement comment on parle et écrit. Il est important de prendre l'habitude de noter ce qu'on entend et ce qu'on lit. Par exemple, la prochaine fois que vous assistez à un cours en français, notez le langage utilisé par le professeur. Est-ce qu'il ou elle utilise des phrases complexes, ou bien des phrases simples? Est-ce qu'il ou elle répète souvent ce qui vient d'être dit? Quel est son registre? Par exemple, dans ses phrases négatives, trouve- t-on ne ... pas ou simplement pas? Quelles sortes d'interjections entend-on au cours des explications: hein, ok, d'accord?

Tout linguiste devrait garder une liste des exemples de la sorte: elle fournira de précieux exemples pour l'avenir.

L'intuition linguistique

En tant que locuteur ou locutrice d'une langue, on est en principe capable de porter des jugements là-dessus. Par exemple, nous verrons plus tard qu'il existe deux sortes de /a/ en français. Certaines personnes prononcent les deux, d'autres une seule. Par exemple, prononcez vous-même les mots suivants:
patte malle Anne
pâte mâle âne
Avez-vous la même prononciation dans les deux cas? Vous venez d'utiliser votre intuition linguistique. Notez bien, cependant, qu'il faut toujours confirmer l'intuition linguistique par l'appel à d'autres locuteurs.

L'élicitation

Il existe un certain nombre de stratégies qu'on utilise pour connaître les réactions des locuteurs. La plus simple consiste à poser une question sur les jugements. Par exemple, étant donné la liste précédente, vous pourriez demander à un locuteur de la prononcer et d'indiquer toute différence de prononciation. Parfois, une telle approche suffit, surtout si on teste plusieurs locuteurs.
Par contre, il surgit un problème fondamental. La plupart des locuteurs ont passé par le système scolaire qui a laissé des traces dans leur jugement linguistique. Pensez aux exemples de phrases avec ou sans ne ... pas. Si vous demandez à certains locuteurs ce qu'ils pensent d'une phrase comme Je l'ai pas vu, leur réponse sera que c'est une phrase inacceptable, malgré le fait qu'ils l'utilisent souvent. Il faut donc se méfier de l'influence de la grammaire normative sur les perceptions.

Les corpus

Depuis quelques années, on assiste à une croissance importante dans l'utilisation des corpus pour l'analyse linguistique. Un corpus est un ensemble de productions linguistiques (langue écrite ou langue parlée) qui partagent les mêmes conditions de production, et qui seraient donc comparables entre elles. Voici quelques exemples de corpus:
les romans de Stendhal
les numéros de la revue l'Actualité parus pendant six mois
tout ce que dit une personne pendant une année
l'enregistrement des conversations durant un repas
toutes les dissertations remises dans un cours Notez que tous ces corpus représentent une sélection dans un ensemble plus vaste. Ainsi, les romans de Stendhal sont un sous-ensemble des romans français publiés au XIXe siècle, qui eux-mêmes seraient un sous-ensemble de tout ce qu'on a écrit en français, ce qui serait un sous-ensemble de tout ce qu'on a jamais dit ou écrit en français. Ce dernier serait ouvert, puisqu'on continue à parler et à écrire. Cet ensemble le plus vaste s'appelle une population, dont chacun des corpus serait un échantillon. Chaque échantillon nous donne une espèce de fenêtre sur le tout, mais non pas une image complète. Plus l'échantillon ressemble à la population, plus il est représentatif.




Ce sont des individus qui se servent de la langue, à un moment précis dans le temps, dans un lieu particulier et dans une situation bien définie. Chaque utilisation individuelle d'une langue est un exemple de performance. Le plus souvent, on utilise ce terme pour désigner la production linguistique, mais en fait il s'applique tout aussi bien à la réception.
Puisque la performance se fait au niveau individuel, elle est sujette à des contraintes hic et nunc qui l'influencent. Ces contraintes peuvent être d'ordre psychologique (facteurs de mémoire ou d'attention), physique (questions de voix, de niveau sonore, de rapidité du discours) ou physiologique (questions de muscles, de perception). Dans la vaste majorité des cas, tout fonctionne bien: c'est même cela qui est surprenant dans la langue, sa résistance aux effets extérieurs (voir le concept de redondance plus loin).
Par contre, il arrive que l'un ou l'autre des facteurs empêche le bon fonctionnement de la langue. Il se produit alors ce qu'on appelle une erreur de performance. En voici quelques exemples:
*C'est petit -- je veux dire grand.
*C'est celui-là qui me l'a donné -- j'ai oublié son nom.
*Il les voient.
*C'est toit qui a fait ça.
*[ pR de Riks] Notez la convention linguistique qui consiste à mettre un astérisque devant un mot ou une phrase considéré comme fautif.
Les erreurs de performance peuvent nous renseigner sur la structure de la langue: en fait, on ne se trompe pas de façon aléatoire. Le plus souvent, il y a un système derrière de telles erreurs.
Très souvent, quand on se trompe, on est capable par la suite de reconnaître l'erreur. C'est que nous avons dans nos têtes une compétence individuelle. Il s'agit de connaissances pour la plupart implicites. Si on demande à un locuteur natif (c'est-à-dire, quelqu'un qui a appris une langue comme sa langue maternelle) d'expliquer pourquoi il ou elle parle de telle ou telle façon, on entend le plus souvent des réactions comme: "Mais ça sonne mieux comme ça". Il ne faut pas l'oublier: l'accès aux règles de grammaire est le plus souvent secondaire: la plupart des locuteurs francophones auraient de la difficulté à expliquer ce que c'est qu'une préposition, mais tous utilisent des prépositions à tous les jours.
Malgré la diversité individuelle, il reste beaucoup d'éléments communs entre les locuteurs d'une langue. À cause de cela, les linguistes peuvent dans certains cas faire abstraction des variations individuelles pour étudier ce qu'on appelle la compétence idéale ou tout simplement la compétence. Il s'agit d'une abstraction: c'est un ensemble des règles implicites qu'on suppose présentes dans la tête d'un locuteur idéalisé, sans limites de mémoire, sans erreurs de performance. Ce concept nous permet d'étudier la langue à l'extérieur de la tête, en quelque sorte, mais il ne faut jamais oublier que c'est bien une construction théorique. Il ne faut jamais la prendre pour la réalité.
Malgré cela, ce concept nous permet de préciser ce que nous savons sur la langue. Voyons un exemple. Quelle serait la phrase la plus longue qu'on pourrait faire en français? Supposons un locuteur qui se met à parler, et qui s'exclame en répétant: Je suis fâché, fâché, fâché.... On tomberait bientôt sur une limite supérieure de performance: il faudrait respirer, manger, etc. et à la fin de la vie, on arrête de parler. Mais on ne peut pas nommer une limite maximale théorique. Un locuteur idéal pourrait faire une phrase de la sorte pendant des siècles, et elle serait tout aussi grammaticale qu'une phrase de 5 mots (même si ça commencerait à manquer d'intérêt au bout de quelques minutes). En d'autres termes, le concept de compétence idéale nous a permis de saisir le fait que la phrase n'a pas de limite supérieure théorique.

Langue, parole et langage

Dans la tradition linguistique française, il existe une autre opposition terminologique, entre langue et parole. La langue désigne deux choses différentes:
un système linguistique partagé par un groupe social, comme la langue française, la langue anglaise, etc.,
le concept même de système linguistique partagé. Ainsi, le français et l'anglais sont des langues, mais ils ont en commun un certain nombre de caractéristiques (que nous verrons ci-dessous dans la section sur les universaux du langage) qui nous permettent de faire abstraction des différences entre les deux pour parler de la langue dans les deux cas.
La parole désigne aussi deux choses distinctes:
l'activité qui consiste à se servir d'une langue dans une situation particulière. On parle ainsi d'un acte de parole. Notez bien que ce terme désigne l'activité qui consiste à parler mais aussi l'activité qui consiste à écrire. Quand j'écris ce manuel, je fais un acte de parole. Quand je dis à mon voisin: ``Il fait beau, hein?'' je fais un autre acte de parole.
Le terme parole désigne aussi le produit d'un acte de parole. On utilise aussi le terme de discours dans ce sens. Le discours écrit ou oral d'un individu peut être étudié, comme nous verrons par la suite.
Le terme langage s'emploie, lui aussi, dans deux contextes différents. Cela signifie ou bien:


  1. la capacité d'apprendre une langue humaine. Cela s'appelle la faculté du langage. Ainsi, un enfant exposé à une communauté linguistique apprendra la langue parlée dans la communauté. Cela est d'autant plus surprenant quand on considère que les données auxquelles l'enfant est exposé sont souvent limitées et défectueuses.



Expérience: Mettez-vous à la place d'un enfant. écoutez ce qu'on dit autour de vous, et comptez le nombre de phrases complètes, sans hésitations ni erreurs de performance.

2.Le terme langage désigne aussi l'ensemble des phénomènes linguistiques. Par exemple, nous verrons plus bas qu'on parle des universaux du langage pour nommer tout ce qui reste constant dans le langage.

Idiolecte, dialecte, sociolecte


Nous avons vu qu'une langue est un phénomène social. En même temps, ce sont les individus qui l'utilisent. Il existe en fait des degrés entre ce qui relève du social et ce qui relève de l'individu. Le système linguistique d'un individu s'appelle son idiolecte. C'est le fait que chacun a un idiolecte qui nous permet d'identifier notre interlocuteur au téléphone, par exemple.


Expérience: Quelles seraient les caractéristiques de votre idiolecte?

Au niveau régional, on retrouve des dialectes. Un dialecte est une variété linguistique utilisée dans une région particulière. Prenez les exemples suivants:



  • On a pris le traversier pour aller à Levis.


  • On a visité les chutes ce matin.

Le mot traversier s'utilise au Canada, mais non pas en France, par exemple, où on dirait bac ou bien ferryboat. Et le mot chutes signifie autre chose pour les gens du sud de l'Ontario (les chutes de Niagara) que pour les habitants de Québec (les chutes Montmorency).

Expérience: Trouvez un exemple de dialecte dans votre langue maternelle.

Le sociolecte désigne une variété linguistique qui dépend du contexte social (l'âge, le sexe, le niveau d'instruction, entre autres choses). Ainsi, on constate que les jeunes ne parlent pas comme leurs grands-parents, et qu'il existe, par exemple des variétés linguistiques qu'on n'entend pas parmi les gens instruits.


Expérience: Est-ce vrai que les hommes et les femmes parlent de la même façon dans le contexte nord-américain?


En fait, les différences de dialecte et de sociolecte ne sont pas tout à fait étanches. On entend souvent des locuteurs qui imitent d'autres dialectes ou sociolectes. En outre, il existe une autre dimension même plus difficile à préciser: il s'agit des différences de registre. Dans un contexte formel, on ne parlera pas de la même façon que dans un contexte familier. Voyons un exemple. En français canadien, il y a plusieurs façons de poser une question:

-Puis-je prendre votre stylo?
-Je peux prendre ton stylo?
-Je peux-tu prendre ton stylo?

La première phrase se dirait entre individus qui ne se connaissent pas. La deuxième se dirait dans n'importe quel contexte où deux personnes se connaissaient. La troisième se dirait dans un contexte familier, entre amis, au Canada.

Les universaux du langage



Malgré la diversité linguistique, il reste que toutes les langues humaines ont beaucoup de points en commun. Sur la base de cette constatation, les linguistes ont posé la question suivante: quelles seraient les caractéristiques nécessaires d'une langue humaine? À un niveau moins exigeant, quelles seraient les caractéristiques les plus usuelles? Voyons quelques cas:



  1. On a constaté que toute langue possède au moins deux voyelles, définies par des positions extrêmes dans la bouche. Pour l'une, la langue est plus élevée, pour l'autre plus basse dans la bouche. Une langue peut avoir d'autres voyelles, mais toutes semblent avoir au moins celles-là.



  2. On a constaté que certaines langues (comme le français) ont des voyelles nasales (comme le [] de chant), en même temps que les voyelles orales, mais qu'il n'existe aucune langue qui aurait des voyelles nasales sans avoir des voyelles orales.




  3. En morphologie, on a constaté que les deux sortes de terminaisons, les flexions comme le - s du pluriel en français, et les suffixes comme le -eur qui indique celui qui fait une action, ont tendance à s'ajouter aux mots dans un ordre particulier: d'abord le suffixe, ensuite l'élément de flexion. C'est ainsi qu'on trouve: vend+eur+s mais non pas vend+s+eur. Il reste beaucoup à faire, mais l'étude détaillée des langues individuelles ainsi que la comparaison des langues nous permet de préciser l'essentiel de la langue en général.

    Modalité: l'oral et l'écrit

Pour transmettre un message linguistique, nous disposons de deux sortes de signaux: la langue parlée et la langue écrite. Ce sont deux modalités différentes. En linguistique, nous donnons la priorité à l'oral. Pourquoi? Parce que c'est ce qu'on fait le plus: on parle beaucoup plus qu'on n'écrit. Parce que c'est l'oral qu'on apprend d'abord. Et parce qu'il existe des sociétés qui possèdent une langue parlée sans langue écrite, mais non pas le contraire.
Ce n'est pas qu'on néglige l'écrit, tout simplement on reconnaît que c'est l'oral qui prime. En même temps, on reconnaît qu'il existe des différences importantes entre l'oral et l'écrit. Par exemple, on dispose à l'oral de toute une gamme de ressources phonétiques pour modifier les messages (changements d'accent, d'intonation, de vitesse, de force) difficiles à traduire à l'écrit. Par contre, l'écrit a l'avantage de la permanence et de la modifiabilité. On peut relire un texte écrit, mais il est difficile de réécouter une conversation.
Dans le passé, on étudiait surtout les grandes langues des civilisations passées (latin, grec, sanskrit, hébreu): c'est-à-dire, des langues écrites: L'attention était concentrée sur des textes. Ce type d'étude linguistique s'appelle la philologie.

Axe paradigmatique et axe syntagmatique



La langue est un phénomène qui se déroule dans le temps. Quand on parle, on prononce un mot, suivi d'un autre, et d'un autre, et ainsi de suite. La série des mots qu'on prononce définit un axe ou ligne qu'on appelle l'axe syntagmatique. L'existence de cet axe a une influence fondamentale sur le fonctionnement de la langue. Si on veut relier deux éléments dans l'axe syntagmatique, il faut le faire en fonction de la linéarité, soit en les rapprochant dans la chaîne, soit en les reliant par un autre mécanisme, comme l'accord. En même temps, le choix des éléments dans l'axe syntagmatique se fait en général élément par élément. Prenez les phrases suivantes:
1.Cette salle de classe a une porte et cinq fenêtres.
2.La salle de classe a une porte et cinq fenêtres.
3.Cette chambre a une porte et cinq fenêtres.
4.Cette salle de classe possède une porte et cinq fenêtres.




Notez les colonnes. On a remplacé un seul élément de la première phrase par un élément dans une autre phrase. L'axe des substitutions s'appelle l'axe paradigmatique. Cet axe fonctionne au niveau des sons, au niveau des mots, et même au niveau des phrases.




Expérience: Pensez à des phrases qui pourraient se remplacer.


La substitution peut laisser le sens global plus ou moins inchangé, ou elle peut obéir seulement à des contraintes grammaticales (où on remplace un nom par un autre nom, par exemple, et non pas par un verbe).
En général, la substitution se fait un élément à la fois. Mais il arrive que le choix d'un élément détermine le choix d'autres. Prenez les exemples précédents. Une fois qu'on choisit un nom féminin comme salle de classe ou chambre, on est obligé de choisir un article féminin comme la ou cette plutôt qu'un article masculin. Ou encore, le choix d'un sujet singulier demande le choix d'un verbe singulier. Les contraintes de la sorte s'appellent des dépendances syntagmatiques.

Forme et substance


Le linguiste suisse Ferdinand de Saussure (Saussure 1972) a dit que la langue est une forme et non pas une substance. Par cela, il voulait dire que malgré les variations individuelles, il existe une base commune qui nous permet de communiquer, au niveau des formes, et au niveau des sens.
Prenez l'exemple des graphies (les formes d'écriture). Il existe plusieurs façons de former la plupart des lettres, mais nous arrivons le plus souvent à les distinguer. C'est que derrière la substance de chaque graphie individuelle, il existe une base commune.
Expérience: Étudiez les variantes d'une lettre dans une série de textes manuscrits.
On trouve la même chose au niveau du sens. Une phrase comme Je l'ai vu hier peut s'employer dans une infinité de contextes différents. Malgré cela, son sens essentiel reste le même. En d'autres mots, la substance change, mais la forme reste la même.

Signifiant, signifié et signe


Le plus souvent en linguistique, ce n'est pas ce qui est individuel qui nous intéresse, mais plutôt ce qui est commun. Le fait que tel ou tel individu a telle ou telle prononciation nous intéresse moins que le fait qu'il existe une façon de prononcer qui caractérise un groupe.
Par exemple, il existe un grand nombre de prononciations individuelles pour le mot chat, mais toutes ces prononciations ont un noyau commun. Ce noyau s'appelle le signifiant. Notez que le signifiant n'existe pas comme entité physique. On ne peut pas entendre un signifiant: on entend des sons. Mais le signifiant montre sa présence par le fait que nous sommes capables de reconnaître qu'une série de prononciations sont en fait des exemples du même mot.
Il en va de même pour le sens. Comme nous l'avons vu dans le cas de Je l'ai vu hier, une suite de mots peut avoir une variété d'interprétations selon la situation et le contexte. Malgré cela, chaque mot possède un sens général constant d'une situation à l'autre. C'est cette base abstraite qui nous intéresse: nous l'appelons le signifié. Par exemple, la suite je peut s'employer par beaucoup d'individus différents. Malgré cela, son signifié reste identique: `la personne qui parle'. Comme le signifiant, le signifié est une entité abstraite dont on peut déceler l'existence par l'observation des exemples de communication.
Notez bien cependant qu'on ne peut pas observer un signifiant ou un signifié sans sa contre-partie. On peut parler du signifiant chat seulement dans le contexte d'un mot, où il y aurait en même temps un signifié. Par exemple, la suite de lettres c h a t ne serait pas un signifiant dans le mot achat. De la même façon, nous avons dans nos têtes beaucoup de sentiments, d'impressions, d'idées, mais ces choses ne deviennent des signifiés linguistiques qu'au moment où nous les exprimons au moyen d'un signifiant.
Donc, les signifiants et les signifiés ensemble font partie d'une unité plus complexe, qu'on appelle le signe linguistique.

Arbitraire du signe



La relation entre signifiant et signifié dans le signe est assez spéciale. Suivant Saussure, on dit que le lien entre les deux est arbitraire. Ce terme peut avoir deux sens:
Au niveau le plus simple, cela signifie que les combinaisons de signifiants et de signifiés varient d'une langue à l'autre, ce qui est assez évident. Ainsi, on dit chat en français et cat en anglais.
Mais le concept d'arbitraire prend son importance seulement au moment où on reconnaît que même pour parler d'un signifiant ou d'un signifié, il faut prendre en considération le système linguistique qui sous-tend le signe. Examinons les exemples suivants:
porte portière / door
volant roue / wheel
mouton / sheep mutton
feu lumière / light
Le médecin est entré dans la pièce. / The doctor walked into the room.
L'architecte a perdu ses clés. / The architect lost (his/her) keys.
On voit qu'entre le français et l'anglais, il n'existe pas de correspondance simple entre signifiants et signifiés. On n'a même pas les mêmes signifiants et signifiés dans les deux langues. Là où le français a deux signifiants porte et portière, l'anglais n'a qu'un seul. Là où le français ne fait pas de distinction de genre, l'anglais doit en faire une (his/her).
Exercice: Trouvez d'autres exemples de différences entre le français et l'anglais. En particulier, trouvez des lacunes lexicales où il existe un mot dans l'une des langues mais non pas dans l'autre.
Donc, pour étudier les signes d'une langue, il faut tenir compte de tout le système. Chaque langue représente un découpage arbitraire dans les signifiants et signifiés possibles.
C'est l'arbitraire du signe qui permet à une langue de changer radicalement dans tous ses aspects: prononciation, morphologie, syntaxe, sémantique.
Il est facile de sous-estimer l'importance de ce concept. Dans tout le reste du cours, il faut le garder à l'esprit: c'est le système qui nous intéresse, non pas les unités isolées.

Les fonctions linguistiques




Prenons la situation où deux personnes se parlent. Le linguiste Roman Jakobson (1960) a proposé un modèle pour décrire les facteurs qui entrent en ligne de compte.
Il a appelé la personne qui parle le destinateur et la personne qui écoute le destinataire. Bien sûr, la même personne sera tantôt destinateur tantôt destinataire. En même temps, pour garder la communication, il faut garder le contact entre les deux personnes. Il faut aussi partager le même code (on sait ce qui se passe si on ne partage pas la même langue). En outre, on ne parle pas dans le vide, mais dans une situation particulière, dans un endroit et à un moment donné: tout cela s'appelle le contexte. Finalement, il y a ce qui se transmet entre les deux, ce qu'on appelle le message.
Jakobson a identifié une fonction linguistique qui correspond à chacun des facteurs.
La fonction centrée sur le destinateur, ce que le destinateur se montre sur lui-même, s'appelle la fonction émotive. Par exemple, il existe un ensemble de mécanismes linguistiques disponibles pour montrer les émotions du destinateur: pour montrer qu'on est fâché, on hausse la voix, on insiste sur ses mots, etc.
Expérience: Testez vos amis. Essayez de simuler les marques d'une émotion ou une autre, et voyez s'ils réagissent de la façon appropriée.
La fonction centrée sur le destinataire s'appelle la fonction conative. Par exemple, pour faire agir quelqu'un, on a à sa disposition une série de ressources, allant d'une phrase impérative: Ferme la porte à une demande plus polie Pourrais-tu fermer la porte à une simple suggestion Il y a un courant d'air qui passe par la porte.
Exercice: Exprimez le même contenu de 3 manières différentes. Une autre personne doit décider à quel type d'interlocuteur vous vous adressez (comme on le fait souvent quand quelqu'un parle au téléphone).
D'autres aspects de la fonction conative concernent des changements d'accent ou de langue; l'ajout ou l'élimination de traits élégants ou populaires; le choix d'un vocabulaire de niveau intellectuel ou vulgaire.
La fonction linguistique basée sur le contact s'appelle la fonction phatique. Beaucoup d'interjections (oui, oui) et de gestes (regards, hochements de tête) contribuent à maintenir le contact.
Expérience: Testez l'importance de la fonction phatique de la façon suivante. Dans une conversation en personne ou bien au téléphone, évitez toute marque phatique normale. Ne dites rien, ne changez pas d'expression. Comptez le nombre de secondes qui s'écoulent avant que votre interlocuteur vous demande ce qui ne va pas.
La fonction linguistique centrée sur le code s'appelle la fonction métalinguistique. Nous nous en servons chaque fois que nous expliquons le sens d'un mot inconnu, ou que nous faisons une traduction dans une autre langue.
La fonction basée sur le contexte s'appelle la fonction référentielle. Chaque fois que nous transmettons de l'information sur le monde à une autre personne, c'est la fonction référentielle qui est en jeu.
Finalement, la fonction axée sur le message lui-même s'appelle la fonction poétique. Chaque fois que la forme des mots influence le choix des mots utilisés, nous avons un exemple de la fonction poétique. Prenez l'annonce publicitaire: Tide est là. La saleté s'en va. Remplaçons s'en va par part. Le message reste le même, mais le texte a changé: on a perdu la rime, et l'effet est moins frappant.
Expérience: Prenez une chanson et remplacez la moitié des mots par un synonyme. Qu'est-ce qui change?
On a donc tort de limiter la fonction poétique à la poésie. En fait, elle est fréquente dans la langue de tous les jours. En même temps, il faut reconnaître que les différentes fonctions peuvent coexister dans le même énoncé. Finalement, il faut admettre que le modèle de Jakobson est incomplet: il existe plusieurs fonctions qu'il n'a pas prévues.
Expérience: Pensez à d'autres fonctions que Jakobson n'a pas prévues dans son modèle.

La commutation des codes




Ce terme s'applique à des séries de changements associés (ou systématisés) qui ont lieu quand une personne donnée change d'interlocuteur et/ou de situation. On se trouve gêné quand on utilise un code approprié pour un type d'interlocuteur (par exemple, ses parents), et qu'un autre type d'interlocuteur entre en scène (par exemple, des amis de votre génération).
Exercice: Notez des situations dans lesquelles vous vous sentez gêné à cause d'un problème de la sorte. Quelles sont les caractéristiques variables que vous auriez voulu changer pour le deuxième interlocuteur?

Le langage humain et les autres langages



On entend souvent des expressions dans lesquelles figure le terme langage: on parle du langage des fleurs, du langage des gestes, du langage des abeilles. Il est facile de comprendre pourquoi on utilise des expressions de la sorte. Dans tous les cas, il y a un signal et un message. Si j'offre des fleurs, c'est le signal d'une émotion. Si un chien montre ses dents, c'est le signal de quelque chose. Le choix des vêtements peut fonctionner comme signal.
Mais en même temps, qu'est-ce qui distingue le langage humain au sens strict de ces autres langages? Voici trois différences:
Le langage humain permet de parler de choses dans le passé, dans l'avenir, hypothétiques, ou même impossibles. On parle de sa capacité de déplacement.
Exercice: Trouvez trois exemples concrets de déplacement.
Le langage humain peut servir à définir son propre système. Ainsi, si je ne comprends pas un mot, je peux demander son sens à mon interlocuteur, ou je peux chercher dans un dictionnaire. Ce qui est même plus frappant, c'est qu'on peut traduire n'importe quel autre système de signes dans le langage. À la place des fleurs, je peux dire: Je t'aime. À la place d'une affiche, je peux dire: Il est défendu de fumer ici. Cette capacité métalinguistique dépasse de loin ce qu'on trouve dans les autres langages.
Expérience: Essayez de traduire une phrase dans un autre langage que le langage humain.
La troisième caractéristique particulière du langage humain, formulée d'abord par le linguiste André Martinet, s'appelle la double articulation. Pensez au nombre total de phrases possibles en français. En fait, il y en a une infinité. Par contre, on peut former cette infinité de phrases au moyen d'un nombre élevé mais fini de mots (disons quelques centaines de milliers, au maximum). Et on peut former ces milliers de mots au moyen d'un petit nombre de sons (une trentaine en français) ou de lettres (26 lettres plus quelques diacritiques). La division d'une infinité de phrases en un nombre fini de mots, s'appelle la première articulation, tandis que la division des mots en un petit nombre de sons ou lettres s'appelle la deuxième articulation. Aucun autre système ne possède une telle double articulation: c'est cela, semble-t-il, qui explique la puissance de la langue comme mécanisme de communication.







L'étude de la langue peut se faire selon deux perspectives temporelles. D'un côté, on peut analyser un état de langue, c'est-à-dire la façon de parler d'une communauté linguistique à un moment donné. Ainsi, le français parlé dans les années 90 serait un état de langue. Évidemment, les dimensions d'un état de langue sont variables. Le système grammatical d'une langue change assez lentement; par conséquent, dans une étude grammaticale, un état de langue peut représenter quelques décennies. Par contre, le lexique change plus rapidement; un état de langue lexical peut se limiter à quelques années seulement. L'étude d'un état de langue s'appelle la linguistique synchronique.
Dans une autre perspective, on peut étudier l'évolution d'une langue à travers le temps, les gains et les pertes, ainsi que le passage d'une langue à une autre. Cela s'appelle la linguistique diachronique.






Chapitre 2: La phonétique









Qu'est-ce que la phonétique?
La transcription phonétique
Les organes d'articulation
Voyelles et Consonnes
Les voyelles
Les consonnes
Les semi-voyelles
Le `e muet' ou schwa
La variation phonétique
Les syllabes
Les mots possibles



en cause des caractères spéciaux de la phonétiaque et dont le format html n'accepte pas certaine caractère qui exprime un symbole de certain forme phonétique j'ai prégérée de donnée le lien directe pour bien visualiser ces symboles;



cliquez s.v.p sur le lien suivant:



http://post.queensu.ca/~lessardg/Cours/215/chap2.html






La sémantique



Pour des renseignements de base, mettez le curseur sur l'une des lignes suivantes et cliquez avec la souris ou faites un retour de chariot. Notez que le texte peut aussi être lu de façon suivie.



-Buts de la sémantique
-Le niveau métalinguistique
-La lexicographie
-L'analyse structurale ou componentielle
-Homonymie et polysémie
-Les relations sémantiques
-L'hyponymie
-La synonymie
-L'antonymie
-La méronymie
-Les relations sérielles et cycliques
-Présupposition et implication
-Implicatures
-L'ouverture de la sémantique





Buts de la sémantique
La sémantique est l'étude scientifique de la signification. En tant que telle, elle exige des techniques et des outils particuliers, et des méthodes scientifiques. Nous verrons cependant que, contrairement à la phonologie et à la syntaxe, où il existe un accord assez général sur les méthodes à utiliser, la sémantique se caractérise par une grande diversité d'approches.
La complexité de la sémantique s'explique aussi par le fait qu'elle met en jeu plusieurs niveaux de données, allant du sens des mots, à celui des phrases, aux relations sémantiques entre phrases dans le discours, et aux relations pragmatiques qui mettent en jeu l'utilisation du langage dans les situations diverses.
Dans ce qui suit, nous commencerons par faire de la sémantique lexicale, qui traite du sens des mots. En particulier, nous examinerons les analyses sémantiques basées sur la lexicographie, sur l'analyse structurale (ou componentielle), et sur les critères logiques.

Le niveau métalinguistique
Quand on pense à la langue, on envisage surtout son utilisation pour dire des choses sur le monde. Si on dit Passe-moi le sel, on veut faire agir quelqu'un pour changer une situation dans le monde. Mais la langue a aussi une autre fonction, qui consiste à expliquer la langue. Si on vous pose la question Que veut dire le mot X?, votre réponse va porter non pas sur le monde mais sur le mot X. L'utilisation de la langue pour parler de la langue s'appelle l'emploi métalinguistique. En fait, toute la sémantique représente une utilisation de la fonction métalinguistique, dans la mesure où on utilise la langue pour donner les explications. Nous allons voir qu'une des tentatives principales en sémantique consiste à élaborer un métalangage satisfaisant qui permettra de bien expliquer le sens des mots.
En fait, on trouve le métalangage même dans l'usage quotidien, comme l'illustrent les exemples suivants:
La table est verte.
Elle peut courir vite.
Le "table" est mal écrit.
"Courir" est un verbe.
On voit que dans les deux premiers cas, on utilise les mots pour parler du monde. Le nom table et le verbe courir renvoient à des situations dans le monde. Par contre, dans les deux derniers exemples, les mêmes mots servent à désigner non pas des phénomènes dans le monde mais plutôt des entités linguistiques, des mots. La preuve, c'est que dans les deux cas, les deux fonctionnent comme noms masculins singuliers. Notez le table et courir est. L'emploi des mots pour parler du monde s'appelle l'usage, et leur emploi pour parler de la langue s'appelle la mention.

La lexicographie
Les dictionnaires restent l'une des meilleures sources de renseignements sémantiques, tant par le nombre de données traitées que par la richesse des analyses. Il faut accepter dès le début cependant qu'un dictionnaire n'est pas un ouvrage scientifique. C'est un ouvrage qui vise la consultation, et qui suppose dès le début une assez bonne connaissance de la langue. En même temps, un dictionnaire est un objet de commerce qui doit satisfaire les clients qui l'achètent. En outre, dans la société occidentale, un dictionnaire est une source de normes. On le consulte pour trouver des descriptions, mais aussi pour trouver des règles d'usage. Finalement, la production d'un dictionnaire repose non pas sur des principes scientifiques, mais plutôt sur un ensemble de techniques et de conventions développées à travers les siècles.
Pour toutes ces raisons, il faut faire bien attention lorsqu'on utilise un dictionnaire en sémantique. Mais en même temps, la longue expérience de la lexicographie en français peut nous servir de guide pour éviter des problèmes.
Les types de dictionnaires
Il existe des dictionnaires de plusieurs sortes en français. Par exemple, quelques-uns se donnent comme but de traiter tous les mots de la langue jusqu'à une limite quantitative: ce sont des dictionnaires généraux. Le Petit Robert, le Robert, le Dictionnaire du français contemporain sont des dictionnaires généraux. Une autre caractéristique d'un dictionnaire général consiste à inclure en principe toutes les parties du discours (noms, verbes, adjectifs, adverbes, prépositions, etc.). Dans la pratique, la plupart des dictionnaires excluent certaines classes de mots, comme les noms propres, des mots considérés comme vulgaires ou des mots d'une dérivation évidente.
Exercice: Dans le Petit Robert, relevez des mots formés à partir du préfixe re-. Y en a-t-il qui manquent. Lesquels?
Par opposition aux dictionnaires généraux, les dictionnaires spécialisés limitent leur choix de mots à une sous-classe. Par exemple, certains dictionnaires donnent seulement la terminologie d'un domaine en particulier (dictionnaires de chimie, d'argot), ou seulement les mots utilisés dans une région, en excluant ceux utilisés dans le français en général. On parle alors de dictionnaires différentiels. Par exemple, le Glossaire de parler français au Canada est un dictionnaire différentiel.
Exercice: Comparez le Glossaire du parler français au Canada avec le Dictionnaire québécois d'aujourd'hui.
Macrostructure et microstructure
Étant donné qu'un dictionnaire se destine à la consultation, il doit présenter son contenu dans un ordre qui permettra à l'utilisateur de trouver un mot sans parcourir tout le texte. Le plus souvent, c'est l'ordre alphabétique qu'on trouve. Mais il y a des exceptions. Certains dictionnaires (les dictionnaires inverses) classent les mots par ordre alphabétique, mais à partir de la fin des mots, ce qui facilite la recherche de suffixes ou de rimes. D'autres classent les mots par fréquence, et d'autres encore par domaine.
La structure qui règle le nombre de mots traités et leur ordre d'apparition s'appelle la macrostructure. Un dictionnaire qui traite un grand nombre de mots a une macrostructure riche, tandis qu'un dictionnaire qui comprend seulement un petit nombre de mots a une macrostructure pauvre. En fait, le calcul de la macrostructure peut être difficile, dans la mesure où certains mots sont définis non pas à leur place habituelle, mais sous un autre mot. Par exemple, dans un dictionnaire comme le Micro-Robert, le mot babillage est défini non pas dans une entrée séparée, mais dans l'entrée consacrée à babiller. C'est pour cette raison que la plupart des dictionnaires qualifient leur macrostructure en termes du nombre total d'entrées plutôt qu'en terme du nombre total de mots. Une entrée se définit comme un mot à définir, généralement en caractères plus gras, suivi d'un ensemble de renseignements et terminé par un blanc.
À côté de la macrostructure, où il est question du nombre et de l'ordre des entrées, la microstructure traite du format des entrées. Dans la plupart des dictionnaires, les renseignements qui se trouvent dans une entrée suivent un ordre fixé d'avance.






L'analyse structurale ou componentielle
Par leur richesse et leur complexité, les dictionnaires représentent un outil important pour l'analyse sémantique. Mais en même temps, ils ont des faiblesses. L'une des principales consiste en leur métalangage. En principe, un dictionnaire peut utiliser tous les mots de la langue pour définir les entrées. Et ce qui est pire, dans une définition particulière, le choix d'un mot plutôt qu'un autre relève souvent d'un choix personnel. Par exemple, dans la définition de frapper, on pourrait remplacer toucher par entrer en contact, et dans la définition de grange, on pourrait remplacer bâtiment par construction sans détruire la définition. Ce flottement rend difficile la vérification des définitions.
Pour éviter ce genre de problème, les linguistes cherchent depuis quelques décennies à trouver d'autres outils d'analyse sémantique qui seraient plus explicites et plus faciles à vérifier.
L'un des premiers qu'on a proposé s'inspire de l'analyse phonologique.






Homonymie et polysémie
L'étude des sens est compliquée par un fait essentiel du langage humain. Il n'existe pas une relation univoque et simple entre les formes et le sens. Plusieurs formes distinctes peuvent porter le même sens, comme c'est le cas pour la synonymie (voir plus bas), mais une seule forme peut aussi porter plus d'un sens.
Prenons les exemples suivants:
la construction du pont / une belle construction moderne
la clé de la porte / la clé du problème
l'étalon et la jument / l'étalon de l'or
un livre intéressant / une livre de beurre
Chacun des exemples met en jeu deux occurrences de la même forme (construction, clé, étalon, livre), mais nous avons l'impression qu'il existe une différence entre les deux premiers et les deux derniers.
Dans les deux premiers cas, il nous semble qu'il existe une relation de sens entre les deux occurrences de la forme. L'action construction nous semble reliée à l'objet construction. De même, clé nous semble indiquer quelque chose qui donne accès dans les deux cas. Nous formalisons cette intuition d'une parenté de sens par le terme de polysémie. Mais comment prouver son existence?
Une méthode consiste à montrer qu'il existe une relation systématique entre les deux sens. Ainsi, dans le cas de construction, le premier sens désigne une action et le deuxième le produit de l'action. On retrouve cette même relation dans toute une série de mots français (p.ex. abréviation, acquisition, addition...). Dans le cas de clé, les deux sens partagent une même base sémantique (`qui donne accès à'), tout comme d'autres cas comme bouche, tête, pied.
Par contre, dans les deux derniers cas ci-dessus (étalon, livre), nous avons l'impression qu'il n'existe aucune relation de sens entre les deux occurrences. La première occurrence d'étalon signifie `cheval mâle' tandis que la deuxiéme signifie `mesure de quantité'. La première occurrence de livre signifie `pages reliés qu'on lit' tandis que la deuxième signifie `mesure du poids'. On utilise le terme d'homonymie pour désigner cet état d'affaires, où il n'existe aucune relation sémantique entre deux formes identiques. Si les deux formes ont la même prononciation mais non pas la même orthographe (p.ex. ton/thon, ère/air, saut/seau), on parle d'homophonie, et si les deux formes ont la même orthographe sans la même prononciation, on parle d'homographie (p.ex. fils/ fils).
Comment prouver la relation d'homonymie, pour la distinguer de la polysémie? L'un des critéres, comme nous l'avons vu, est fourni par le sens. Si on a une relation de sens, il s'agit de polysémie, sinon, il s'agit d'homonymie. Un autre critère est de nature formelle: deux homonymes peuvent se distinguer par leur genre, par leur partie du discours, par leur orthographe. Ainsi, dans le cas de livre, on constate que la première occurrence est masculine, la deuxième féminine. Un troisième critère est fourni par la dérivation. Prenons le cas de étalon. On constate que la première occurrence ne donne pas lieu à des formes dérivées. Par contre, la deuxième est reliée à un verbe étalonner `tester en comparant à une mesure'. La différence de dérivation nous donne un indice de la différence de classe.
L'etude des sens multiples se complique une fois qu'on inclut la dimension historique. L'évolution du sens peut passer par une longue série d'étapes qui font en sorte que l'on voit peu de parenté entre le point de départ et le point d'arrivée. Par exemple, en français, le mot grève `cessation volontaire de travail' repose sur le sens `plage de gravier' puisque les travailleurs sans ouvrage s'assemblaient à Paris sur la Place de Grève. Mais de nos jours, personne (sauf les linguistes) ne voit le lien.
D'autres cas sont plus délicats. Y a-t-il une relation entre bloc de marbre et Bloc québécois? Seule l'application systématique des critères permet de répondre à la question (et la réponse risque de varier d'un locuteur à l'autre).
Exercice: Utilisez les critères de sens, de forme et de dérivation pour voir si les exemples suivants présentent une relation de polysémie ou d'homonymie: la fuite des prisonniers/une fuite d'eau, un homme poli/ un caillou poli.

Les relations sémantiques
L'analyse componentielle prend comme point de départ les traits sémantiques et construit un système par le jeu de traits en commun ou différents. Il existe une autre approche qui privilégie non pas les traits en tant que tel, mais les relations entre les membres d'un micro-système lexical. Le critère utilisé pour mettre en valeur les relations est l'implication.




L'hyponymie
Voyons un exemple. Prenons les unités pomme, orange et fruit. Par la signification des termes, on peut faire les affirmations suivantes:
Si ceci est une pomme, cela implique nécessairement que ceci est un fruit.
Si ceci est une orange, cela implique nécessairement que ceci est un fruit.
Si ceci est un fruit, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une pomme. (Il peut être une orange.)
Si ceci est un fruit, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une orange. (Il peut être une pomme.)
Si ceci est une pomme, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une orange. (C'est même impossible.)
Si ceci est une orange, cela n'implique pas nécessairement que ce soit une pomme. (C'est même impossible.)
On voit donc que pomme et orange sont dans une relation spéciale avec fruit. On dit que fruit est l'hyperonyme de pomme et d'orange, et que pomme et orange sont des hyponymes de fruit. La relation elle-même entre un hyponyme et un hyperonyme s'appelle l'hyponymie.
Entre pomme et orange, il n'y a pas d'implication, mais les deux termes partagent le même hyperonyme. On dit alors que les deux sont des co-hyponymes.
Traditionnellement, on représente la relation d'implication par une flèche. Ainsi, on pourrait exprimer les exemples précédents ainsi:
pomme --> fruit
orange --> fruit
fruit -/-> pomme
fruit -/-> orange
orange -/-> pomme
pomme -/-> orange
On remarque que l'absence d'implication se désigne par une barre oblique à travers la flèche. Notons aussi qu'il est possible de combiner deux flèches en une seule. Ainsi, on pourrait remplacer les deux derniers cas par la formule: pomme <-> orange.
En outre, les relations d'hyponymie peuvent se répéter en série. Ainsi, pomme a comme hyponymes MacIntosh et Granny Smith, tandis que fruit a comme hyperonyme objet, qui lui-même a comme hyperonyme chose. L'une des conséquences de ce fait est que si un terme est un hyponyme d'un terme supérieur qui est lui-même hyponyme d'un autre, le premier sera également hyponyme du troisième. Ainsi, pomme est un hyponyme direct de fruit et un hyponyme indirect de objet et de chose.
L'hyponymie existe à plusieurs niveaux, entre les noms, les verbes (cf. voler, prendre, ou bien sauter, se déplacer), et les adjectifs (cf. fièvreux, malade). Par contre, on constate que dans certains cas, les deux membres du système ne partagent pas la même fonction grammaticale. Prenons le cas des couleurs. Rouge et bleu sont des co-hyponymes d'un terme plus général, mais lequel? Il existe l'adjectif colorié, mais le nom couleur est de loin plus fréquent. Dans d'autres cas, le terme plus général est formé d'une combinaison de termes. Ainsi, en anglais, l'hyperonyme de brother et de sister est sibling. En français, l'hyperonyme serait frères et soeurs.
Exercice: Relevez l'hyperonyme de chacun des termes suivants: courage, lenteur, bicyclette, vin.
Exercice: Relevez trois hyponymes pour chacun des termes suivants: jouet, parent, danser, vin.

La synonymie
Il est également possible d'utiliser le critère de l'implication pour relever des exemples de synonymie. Voyons les exemples suivants:
ceci est un soulier --> ceci est une chaussure
ceci est une chaussure --> ceci est un soulier
x travaille rapidement <--> x travaille vite
x finit y <--> x termine y
ceci est un autobus <--> ceci est un bus
ceci est un casse-tête <--> ceci est un puzzle
On constate que l'implication mutuelle, c'est-à-dire le fait que l'un des termes implique l'autre, et que le deuxième implique le premier, peut être vue comme une preuve de synonymie. Ainsi, d'après ces données, on voit que, logiquement, soulier et chaussure, rapidement et vite, finir et terminer, etc. sont des synonymes.
Notons cependant que le critère de l'implication mesure l'équivalence logique, mais non pas l'équivalence stylistique. Ainsi, même si le choix entre rapidement et vite ou entre terminer et finir n'a pas beaucoup de conséquences stylistiques, on ne peut pas dire autant des autres exemples. De façon générale, le terme soulier est utilisé plus souvent au Canada que chaussure, qui aurait une fréquence plus élevée en France. Il en va de même pour casse-tête (canadien) et puzzle (français). Finalement, bus est une forme familière, utilisée dans la langue parlée, tandis que autobus est plus formel.
Il faut donc manipuler le critère de l'implication avec prudence, sachant qu'il mesure certaines choses, mais non pas d'autres. En même temps, il ne faut pas oublier que l'implication s'établit entre des sens uniques. Ainsi, doux est synonyme de mou dans un sens et de gentil dans un autre. Il faut faire bien attention d'identifier le sens qu'on analyse.
Exercice: Utilisez le critère de l'implication mutuelle pour déterminer si les couples suivants représentent des synonymes ou non: soixante-dix/septante; fâché/furieux. Est-ce que cela se confirme dans tous les contextes? Y a-t-il des différences stylistiques?

L'antonymie
Le terme antonymie désigne un phénomène assez vaste, ayant plusieurs sous-classes. Examinons les exemples suivants:
ce numéro est pair --> ce numéro n'est pas impair
ce numéro est impair --> ce numéro n'est pas pair
ce numéro n'est pas pair --> ce numéro est impair
ce numéro n'est pas impair --> ce numéro est pair
*ce numéro n'est ni pair ni impair
*ce numéro est plus pair que l'autre
On voit dans ce cas qu'il n'existe aucune relation d'implication entre les deux termes. Par contre, la négation de l'un implique l'affirmation de l'autre. Et on ne peut pas nier les deux en même temps. Finalement, ni l'un ni l'autre n'accepte la gradation (dans le sens de la qualification par plus ou moins).
Un couple qui présente le même comportement que pair/impair pour ce qui est de l'implication, l'implication sous la négation et la gradation, fait partie de la sous-classe de l'antonymie qui s'appelle la complémentarité. D'autres exemples de complémentarité seraient marié/célibataire, mort/vivant et animé/inanimé.
Mais tous les exemples d'antonymie ne fonctionnent pas de la même façon. Prenons les exemples suivants:
ce verre est grand --> ce verre n'est pas petit
ce verre est petit --> ce verre n'est pas grand
ce verre n'est pas grand -/-> ce verre est petit
ce verre n'est pas petit -/-> ce verre est grand
ce verre n'est ni grand ni petit
ce verre est plus grand que l'autre
On voit que le fonctionnement est légèrement différent de celui de la complémentarité. Les deux premiers tests donnent les mêmes résultats, mais les deux suivants donnent des résultats contraires. En outre, on peut nier les deux termes et la gradation est possible. Nous avons affaire ici au phénomène qu'on appelle l'antonymie scalaire. À la différence de la complémentarité, qui suppose un choix simple et binaire entre deux termes, l'antonymie scalaire implique une échelle qui tourne autour d'un point de référence. Habituellement, l'un des termes implique une valeur positive, l'autre une valeur négative.
C'est la situation qui détermine le point de référence, comme le montrent les exemples suivants:
Ce camion est lourd. (Se dit devant un camion-remorque qu'on essaie de bouger à la main.)
Ce camion est lourd. (Se dit devant un jouet qui pèse un kilo, et pas 100 grammes comme les autres dans la même pile.)
Ce camion est léger. (Se dit devant un camion-remorque qu'on vient de bouger au moyen d'un équipement spécial.)
Ce camion est léger. (Se dit devant un jouet qui pèse un kilo, et pas 3 kilos comme les autres dans la même pile.)
Notons aussi que dans une situation d'antonymie scalaire, l'un des termes a tendance à occuper un statut plus général que l'autre. Ainsi, entre lourd et léger, c'est le premier qui est le terme le plus général. Ainsi, on peut demander c'est lourd? sans présupposer que quelque chose est lourd, mais on ne peut pas demander c'est léger? sans donner l'impression qu'on pense que quelque chose est effectivement léger.
Il existe plusieurs autres sous-classes d'antonymie qu'on peut identifier. Prenons par exemple le cas suivant:
ce verre est plein --> ce verre n'est pas vide
ce verre est vide --> ce verre n'est pas plein
ce verre n'est pas plein -/-> ce verre est vide
ce verre n'est pas vide -/-> ce verre est plein
ce verre n'est ni plein ni vide
ce verre est plus plein que l'autre
ce verre est complètement plein (cf. *ce verre est complètement lourd)
ce verre est tout-à-fait vide (cf. *ce verre est tout-à-fait léger)
On voit que pour ce qui est des six premiers critères, plein/vide fonctionnent comme lourd/léger. Par contre, les deux derniers critères montrent que plein/vide acceptent la possibilité d'une limite sur l'échelle des possibilités. À un moment donné, on arrive au bout de l'échelle. On parle dans ce cas d'antonymie scalaire double.
De même, voyons les exemples suivants:
ce travail est parfait --> ce travail n'est pas imparfait
ce travail est imparfait --> ce travail n'est pas parfait
ce travail n'est pas parfait --> ce travail est imparfait
ce travail n'est pas imparfait --> ce travail est parfait
*ce travail n'est ni parfait ni imparfait
*ce travail est plus parfait que l'autre
ce travail est plus imparfait que l'autre
On voit que le couple parfait/imparfait fonctionne comme le couple pair/impair en ce qui concerne les 6 premiers critères. Par contre, on peut appliquer la gradation à imparfait, mais non pas à parfait. Si on dit plus imparfait, cela veut dire qu'il y a plus de fautes. Par contre, si on dit plus parfait, cela doit signifier autre chose: `meilleur'. On parle dans ce cas de complémentarité scalaire.
Tous les exemples d'antonymie que nous avons vus jusqu'à présent sont relativement simples. Mais il y en a d'autres qui sont plus complexes. Nous allons en voir deux ici.
On s'accorde généralement pour dire que parent et enfant sont des contraires, tout comme vendre et acheter, et partir et arriver. Mais la nature de cette antonymie n'est pas facile à saisir. Comparons, par exemple, partir et arriver avec partir et rester. Les deux derniers sont des cas de complémentarité (on peut faire les tests pour le vérifier: si on ne part pas, on reste, et si on ne reste pas, on part). Mais partir et arriver sont différents. Si on ne part pas, on n'arrive pas nécessairement, et vice versa.
En fin de compte, partir et arriver supposent non seulement l'opposition entre deux termes, mais en même temps une opposition entre deux moments.






Un deuxième type d'antonymie complexe s'appelle l'inversion. Prenons le cas de couples comme augmenter/réduire. On peut dire des phrases comme:
Pierre avait un salaire élevé, mais on l'a augmenté davantage.
Pierre avait un salaire bas, mais on l'a réduit davantage.
Pierre avait un salaire bas, mais on l'a augmenté.
Pierre avait un salaire élevé, mais on l'a réduit.
On voit que ce couple de termes désigne des mouvements dans une échelle. Si on suppose que derrière le terme réduire il y a le concept `rendre moins élevé', et derrière le terme augmenter il y a le concept `rendre plus élevé',






Pour résumer, on constate que le terme antonymie recouvre un grand nombre de phénomènes différents. Deuxième constatation: on doit reconnaître que l'antonymie en tant que phénomène dépasse les antonymes, en tant qu'exemples. L'histoire du français nous montre que nous sommes capables de faire de nouveaux antonymes chaque fois qu'une opposition nous semble importante. Depuis quelques années, on a vu la création de couples comme pro-choix/pro-vie dans le débat sur l'avortement, analogique/digitale pour parler des montres.
Expérience:
(1) Trouvez d'autres exemples de couples antonymiques de création récente;



(2) formez vous-même un nouveau couple antonymique.

La méronymie
Examinons les phrases suivantes:
Micheline m'a touché le doigt.
Micheline m'a touché la main.
Micheline m'a touché le coude.
Micheline m'a touché le bras.
On constate que le critère de l'implication nous permet de découvrir des relations linguistiques entre certaines de ces phrases. Ainsi, 1. implique 2. et 3. implique 4. mais 1. et 2. n'impliquent pas 4. Linguistiquement, le doigt est dans une relation spéciale avec la main, qu'on appelle méronymie. Cela veut dire que le premier est vu, linguistiquement, comme une partie de l'autre.
Il est important de reconnaître qu'il s'agit d'une relation linguistique, et non pas physique. Ainsi, les doigts se trouvent au bout de la main tout comme la main se trouve au bout du bras, mais malgré cela, doigt et main sont dans une relation de méronymie, mais main et bras ne le sont pas.
Notez aussi que tous les verbes ne donnent pas les mêmes résultats face à la méronymie. Comparez:
il m'a touché le doigt/la main
il m'a frappé le doigt/la main
il m'a coupé le doigt/la main
il m'a arraché le doigt/la main

Les relations sérielles et cycliques
Une dernière relation qu'il faut mentionner se trouve dans des groupes comme les suivants:
un deux trois quatre cinq six ...
lundi mardi mercredi jeudi vendredi samedi dimanche
janvier février mars avril mai ...
printemps été automne hiver
Dans 1., on a une série, dont chaque membre se définit par sa place après un autre et avant un autre. En outre, cette série a un début (mais non pas de fin). Contrairement à 1., les termes en 2. et 3. représentent des cycles. Même s'il y a un début et une fin à la liste, on peut continuer en recommençant. Et finalement, en 4., nous avons un cycle dont le début et la fin ne sont pas clairement définis.

Présupposition et implication
La présuppositionNous ne parlons pas dans le vide, mais dans le contexte d'un ensemble de connaissances partagées sur le monde et sur notre expérience. En parlant, nous posons un certain nombre de choses, en les disant, et nous présupposons d'autres choses, sans le dire. Prenons l'exemple suivant:
Jean-Pierre a perdu ses clés.
Cet énoncé pose que Jean-Pierre a perdu ses clés. Mais il présuppose un certain nombre de choses:
Jean-Pierre existe
Jean-Pierre avait des clés avant de les perdre
On peut nier soit le posé, en disant, par exemple Non, il vient de les retrouver, soit le présupposé, en disant, par exemple Mais c'est un petit bébé. Il n'a pas de clés, voyons!. Cependant, même si on nie le posé, le présupposé reste vrai. Ainsi, Jean-Pierre n'a pas perdu ses clés a les mêmes présupposés que Jean-Pierre a perdu ses clés. Il en va de même pour les questions: les présupposés restent vrais si on change une phrase en question: Jean-Pierre a-t-il perdu ses clés présuppose toujours l'existence de Jean-Pierre et le fait qu'il a des clés.
En appliquant ces deux tests (la négation et l'interrogation), on peut déceler l'existence de plusieurs sortes de présupposés.
L'implication
Nous venons de voir qu'un énoncé peut présupposer la vérité d'une chose, sans que la chose soit dite. En d'autres termes, la vérité du présupposé est nécessaire pour garantir la vérité de l'énoncé. Mais il existe aussi la relation inverse: la vérité d'un énoncé peut garantir la vérité d'une chose qui n'est pas dite. On appelle cela l'implication.
Voyons un exemple. Si je dis Jean-Pierre a perdu ses clés, et si cet énoncé est vrai, il est maintenant vrai que Jean-Pierre n'a pas ses clés. Ou encore, si je dis J'ai appris son numéro de téléphone, cela implique que je le sais, à moins de nier cela dans un énoncé subséquent.

Implicatures
Il existe un autre aspect des connaissances sur le monde qui joue un rôle dans l'utilisation de la langue. Il s'agit de nos attentes en ce qui concerne l'utilisation normale de la langue. Ainsi, en principe, nous nous attendons que les gens coopèrent dans la communication. Le philosophe anglais H.P. Grice a formalisé ces attentes dans une série de maximes, qui portent sur la quantité, la qualité, la relation et la manière d'une contribution à la conversation.
Voyons quelques maximes:
Quantité
Soyez aussi informatif que possible.
Ne soyez pas plus informatif que nécessaire.
Qualité
Ne dites pas ce qui n'est pas vrai.
Ne dites pas ce que vous ne pouvez pas prouver.
Relation
Soyez pertinent.
Manière
Évitez l'obscurité.
Évitez l'ambiguïté.
Soyez bref.
Ordonnez votre contribution.
On peut observer dans le discours le jeu des maximes, et l'irritation des locuteurs si d'autres locuteurs ne les respectent pas. Mais ce qui est aussi intéressant est la possibilité de ne pas respecter les maximes tout en signalant à l'interlocuteur qu'on ne les respecte pas. Prenons par exemple la maxime de qualité qui veut qu'on dise la vérité. Si j'arrive chez mon voisin au milieu d'une tempête de neige et si je dis Il fait beau, hein?, il est évident que je ne respecte pas la maxime. En fin de compte, c'est le non-respect de la maxime qui sous-tend ce qu'on appelle l'ironie et le sarcasme.




Expérience: Trouvez le résultat du non-respect de la maxime de manière ou de quantité.

L'ouverture de la sémantique
Puisque la sémantique relie en quelque sorte la langue avec notre activité mentale en générale, il est très difficile de faire une distinction claire et nette entre les deux. Dans le contexte du cours, nous explorerons des facettes de la relation, sachant toutefois que le domaine est très peu exploré et qu'il reste beaucoup à faire.

GRAMMAIRE, IMPLICITE ET EXPLICITE DANS
L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ETRANGERE



L’activité grammaticale des méthodes audio-visuelles est caractérisée par l’implicite. Ce concept est compris :

« …par opposition à une forme d’enseignement qui fait passer l’assimilation des formes et des structures linguistiques par l’explication ou l’exposé des règles ou des principes théoriques, et qu’on qualifie d’explicite, on parle d’enseignement implicite lorsque l’acquisition de la compétence linguistique résulte de la manipulation de phrases considérées à la fois comme des archétypes du discours visé et des étapes sur le chemin de sa découverte. »
(Dictionnaire de didactique des langues)

Le rapprochement est immédiatement opéré avec l’acquisition de la langue maternelle dans la suite de la définition, mais on spécifie cependant les différences entre les situations, de l’étudiant étranger, d’une part, du natif, d’autre part. L’accent est mis sur le fait qu’implicite ne signifie pas a-systématique, bien au contraire.
Ce caractère de l’implicite, qui est une caractéristique de l’enseignement et non pas de la discipline (ainsi parler de grammaire implicite ou de grammaire explicite n’a guère de sens, tout au plus pourrait-on parler de grammaire explicitée ou implicitée), défini par rapport à un discours dont on vise à acquérir la structure au moyen de ces étapes que sont les structures proposées à l’apprenant (le plus souvent ce discours est en fait tout simplement la langue, le système, et non pas un discours privilégié), ce caractère donc est régulièrement souligné par les didacticiens.

Cependant, plusieurs questions soulevées au hasard des exposés ou des articles restent en suspens : le concept d’activité grammaticale déployée par un apprenant de français langue étrangère recouvre des acceptions diverses, l’implicite est une approche grossière de la réalité complexe qu’est le processus langagier dans la casse, avec pour support une méthode audio-visuelle, et la censure normative reste mal définie. Cette dernière, parfois un peu hâtivement renvoyée, sur le plan pédagogique, au musée des réalités réactionnaires de la tradition est, d’une part indispensable – sous quel nom qu’elle apparaisse – au professeur qui n’enseigne pas tous les français, et demeure, différemment appréhendée, sous des concepts comme celui de l’acceptabilité, qui semblent recueillir les faveurs des pédagogues (BOYER) malgré les doutes de CHOMSKY1. Nous voudrions maintenant tenter d’éclairer ces deux aspects.

1. La grammaire1.1. Elle est habituellement conçue comme la description d’un état de langue, ou comme prescription des formes à utiliser, à l’exclusion d’autres. Dans le premier cas, le linguiste tente de rendre compte du système qui sous-tend la diversité de la parole (l’accidentel, selon SAUSSURE), ce qui implique deux choix : celui de la sélection des faits de parole à prendre en considération, et celui du « regard théorique » porté sur l’objet qui ne met à jour que ce que la théorie se propose de découvrir, évidence qu’il semble bon de rappeler en sciences du langage, où le « gadget théorique » obscurcit souvent le bon sens de l’analyste qui confond la réalité de l’objet avec la description produite par l’application de la théorie. Prescription de formes à utiliser exclusivement, elle définit par avance et extérieurement à son objet un mode de communication jugé seul acceptable.
1.2. Elle peut être présentée comme la description de la compétence d’un
plus le linguistique que ne l’intéresseraient les caractéristiques du discours de toute autre personne, et beaucoup moins que ne le feraient les caractéristiques qui sont communes à tous les locuteurs. »
- libération enfin d’une habitude de connaissance réflexive, subordonnant toute activité à une compréhension grammaticale, suivie d’exercices de vérification. Bloomfield le souligne :

« L’étudiant qui apprend sa première langue étrangère à l’âge de la Faculté, ou plus tard, a toute chance de substituer l’analyse à la simple répétition, et d’affronter ainsi à mi-chemin le professeur incompétent qui parle de la langue au lieu de l’utiliser. (…)
Entre temps, ils ont maintenu en vie le schéma du XVIIIème siècle de la doctrine pseudo-grammaticale et de la traduction par devinette. »

Pas de traduction donc, la langue est une somme d’habitudes et « chaque forme présentée devrait être répétée bien des fois. »
Oral, communication, acquisition des caractéristiques linguistiques communes à tous les locuteurs de façon naturelle, par automatisme, voilà qui permet la mise en train d’une didactique rénovée, articulée sur une science du langage exigeante, rigoureuse, débarrassée de ses soumissions à l’histoire ou à la philosophie.
C’était néanmoins pour la didactique, accepter un nouvel asservissement. En effet, l’oral du linguiste, on l’a vu, n’est pas l’oral réel mais le terrain où il constitue son corpus, dont il décrit le système sous-jacent, les régularités.
La communication dont il fait état est un concept opératoire qui lui permet de distinguer le pertinent et représente une des fonctions du langage.




« La fonction essentielle de cet instrument qu’et une langue est celle de communication » « Eléments de linguistique générale »
L’étude des autres fonctions revient au psychologue. Ce concept de communication permet à la théorie d’évacuer ce qui ne sert pas cette fonction. La complexité de l’acte de communication n’est jamais ici
C’est reconnaître clairement cette confusion grammaire décrite = grammaire intériorisée. Or, rien ne permet d’affirmer, en l’état actuel des choses, qu’un modèle grammatical rende mieux compte qu’un autre de l’activité de production ou d’acquisition d’énoncés. Les structuralistes, BLOOMFIELD en particulier, prenaient grand soin de situer leur objet en laissant à la psychologie le problème de l’acquisition et de la production1, CHOMSKY, dans un mouvement englobant, embrasse les deux concepts de grammaire décrite et de grammaire intériorisée.
Cette erreur est particulièrement néfaste pour l’enseignement moderne, qui vit encore, bien que moins qu’autrefois, dans l’attente d’un secours théorique qui lui proposerait la description2

1.3. De plus, notons que ce concept de grammaire recouvre de plus un enseignement « grammaticalisé », nous voulons dire par là une organisation des éléments de la langue avec le but de les faire mieux (= plus vite et plus facilement) acquérir par un public donné, et ce de manière implicite :
« Il faut un enseignement gradué selon une progression allant du simple au complexe et du fondamental au secondaire (du plus fréquent au plus rare, et du général au particulier) »3
Ce concept de progression suppose, de manière implicite, que la description grammaticale pour laquelle on a opté 1) fournisse une description des micro-systèmes grammaticaux telle que leur présentation (implicite ou explicite) favorise l’acquisition 2) permette d’organiser le matériel pour l’acquisition (voir note 3 ci-dessus).
Il est bien évident que toute méthode d’enseignement doit s’appuyer sur une description de la langue et organiser les éléments décrits en vue de leur acquisition. Mais il nous a semblé essentiel de souligner la confusion manifestée tant pédagogiquement que théoriquement sur ce problème.

1.4. Enfin, la grammaire recouvre également l’enseignement d’un modèle grammatical à l’aide d’une métalangue : il y a donc bien lieu, dans les faits, d’opposer grammaire implicitée et grammaire explicitée1, mais de manière plus nuancée qu’on a pu le faire jusqu’ici, en tentant d’éclairer ce qu’exige la méthode d’enseignement utilisée, de la part de l’apprenant.

2. Grammaire, implicite et expliciteL’ entrée » d’un étudiant dans une méthode audio-visuelle est un peu pour lui l’entrée dans un temple où de vivants piliers lui adressent de bien confuses paroles. Les images à décoder, leur rapport aux messages, la signification, pour certaines de ces méthodes, des signes diacritiques, surcodant l’image, les exercices structuraux qui tentent d’imprimer dan ssa mémoire que « les mots comme « lui » se placent avant les mots comme « donne » dans les suites du genre de « je lui donne » » , les remarques en gras du type de « je vois la maison « je la vois » concourent bien à mettre en place une activité dans son aspect d’énoncés, sans métalangue, mais il reste à voir ce qui se passe réellement pour l’étudiant soumis à ce régime.
Il est possible de caractériser l’activité proposée par de telles méthodes aux apprenants, en disant que tout l’effort vise à faire acquérir – sans prendre parti sur le bien-fondé des techniques d’acquisition ni sur leur succès – des micro-systèmes grammaticaux d’une manière progressive (atomisation de la difficulté justifiée par cette pédagogie du succès obligé) et isolément (principe de l’abord de difficultés par étapes). Certes, l’apprenant ayant peiné sur un exercice structural ne dispose pas de la métalangue lui permettant de nommer les composants de son activité linguistique, ni d’en comprendre le mécanisme (ce qui n’en est souvent que plus irritant pour lui d’ailleurs) mais il lui est possible (c’est en fait la finalité de cet exercice) de conceptualiser1 ce micro-système grammatical. Rien de semblable en ce qui concerne l’acquisition de la langue maternelle, où la répétition d’une structure (je joue aux billes / à chat-perché / au gendarme et aux voleurs) ne pourrait qu’être fortuite, ludique – invraisemblable. L’acquisition naturelle n’offre jamais de situations didactiques, nous voulons dire de rencontres de réalités de communication et de mécanismes linguistiques liés et répétés conjointement et conduisant à cette conceptualisation. Ainsi, le concept de « enseignement implicite de la grammaire » compris comme absence de formulation métalinguistique recouvre en fait deux réalités très différentes que l’on peut rappeler schématiquement ainsi :
1 « Je suis franchement assez sceptique sur l’intérêt que peuvent avoir, pour l’enseignement des langues, les découvertes que l’on a faites jusqu’ici dans les domaines de la linguistique et de la psychologie ». (N. CHOMSKY, « Linguistic theory ». Conférence prononcée à la Northeast Conference de 1966, rapportée par D. GIRARD, ouv. cité p.20)
2 A ce propos, on peut citer l’exemple de méthode figurant dans l’Introduction aux deux premiers tomes de la « Grammaire Structurale du Français », de J. DUBOIS, (Larousse, Paris). Notons que la méthode du corpus donne une allure de scientificité mais ne résout rien. Quand on a un corpus achevé ( ?) on tente de retenir les traits systématiques (où commence le système, où finit l’accidentel ?) mais, en fait, c’est un principe : quel linguiste a effectivement appliqué cette méthode du corpus ?
1 Ce qui en fait n’empêcha nullement, dans la pratique, la confusion de la grammaire décrite avec la grammaire intériorisée, l'utilisation que l’on fit d’une structure syntaxique dans un exercice de mécanisation, (cf. les exercices structuraux) présuppose cette réduction d’une grammaire à l’autre et implique qu’une mécanisation des structures décrites (structures superficielles dans la terminologie chomskyenne) conduise nécessairement à la connaissance implicite de la grammaire de la langue cible. Est donc importante l’introduction de Bl. N. GRUNIG in « Pour la définition d’une grammaire d’enseignement » (Langue étrangère) – « De la théorie linguistique à l’enseignement de la langue » ss dir. De J. MARTINET, PUF Paris, 1974 p. 213 : « Ce qu’on entend par langue dépend évidemment des théories linguistiques, puisque chaque théorie linguistique peut être considérée comme un système d’hypothèses sur la forme des langues. »
2 Ce que distingue H. BESSE : « la grammaire d’une langue n’est jamais réductible aux modèles qui prétendre en rendre compte, si bien que la connaissance d’un modèle ne coïncide pas avec la connaissance de la grammaire de la langue qui est le but de l’apprentissage. » in Primeras jornadas pedagogicas sobre la ensenanza des frances en Espana, Barcelone, 1976, p. 40
3 C. ROJAS : « L’enseignement de la grammaire » in Guide pédagogique pour le professeur de français, Revue « Le Français dans le Monde » n° 65, Juin 1969 p.50. Est-ce utile de relever la contradiction utile (fréquent) vs secondaire (moins fréquent) et difficile (fréquent) vs plus facile (moins fréquent) ? Le français fondamental montre que les mots grammaticaux et les verbes irréguliers, d’emploi difficile, les lexèmes à sens contextuels nombreux sont fréquents – donc utiles – alors qu’un mot rare, de sémantisme restreint (ex : anachorète) est d’un emploi plus facile, mais certainement est moins utile…
1 Bien que H. BESSE souligne fort justement « que les techniques implicites (et tout particulièrement celle des exercices structuraux) ne diffèrent des techniques explicites qu’en apparence et qu’elles conduisent toujours à imposer à l’apprenant un modèle grammatical métalinguistique. Il s’agit, la plupart du temps, d’enseigner de manière implicite un modèle grammatical et non d’un enseignement implicite de la grammaire de la langue étrangère » in Primeras jornadas. Dans les études de linguistique appliquée n° 25 Janvier-Mars 1977, Didier, paris, , il reprend cette affirmation : « il s’agit, en fait, à travers des techniques diverses, (gestuelle, jeux, exercices structuraux, tableau de feutre, etc.) d’enseigner implicitement et/ou explicitement, une fois de plus, une description ou une simulation (ici de l’anglais) en laissant entendre qu’elle est l’équivalent du système de règles intériorisé (par les anglophones). « Ainsi, les didacticiens prennent-ils conscience de cette confusion grammaire intériorisée / grammaire décrite dont nous traitions ci-dessus, ici à propos de « Behind the words » du groupe Charlirelle et dans ELAN n° 25 toujours, p. 21, BESSE insiste : « il ne s’agit que d’une modernisation de la vieille technique d’enseignement inductif (des exemples à la règle) dont on a censuré l’explicitation terminologique ».
1 Il faut qu’il soit bien clair que « conceptualiser » pour nous ne signifie pas conscientisation métalinguistique du processus langagier inclus dans l’exercice, sinon l’opposition implicite / explicite correspondrait à une réalité pédagogique ; « conceptualiser » est à entendre comme le fait de rassembler les éléments d’un micro-système grammatical (de « donner à prendre » un ensemble organisé selon une loi). On voit que la pédagogie des langues étrangères va du système à l’application (malgré ses prises de positions), à l’inverse de l’apprentissage de la langue maternelle où l’enfant est d’abord aux prises avec la réalité linguistique, dont on peut supposer qu’il abstrait des éléments systématiques peu à peu. Ainsi, l’étude de Ch. P. BOUTON (« L’acquisition d’une langue étrangère », Klinsksieck, Paris, 1974, p.169) n’est-elle pas contradictoire avec notre analyse : « Ce sont des réalisations du discours, telles que les lois même de la communication les façonnent qui ont constitué l’expérience verbale primaire de l’enfant. Ces réalisations se sont imposées à lui d’une manière globale sans que les sujets parlants qui composent le milieu verbal de l’enfant aient essayé de les limiter ou de les réduire aux dimensions du système…
Toutes les méthodes d’enseignement des langues étrangères montrent que pour l’acquisition d’une langue seconde la démarche est régulièrement inverse. On part du système pour arriver au discours. »
Remarquons que l’apprentissage naturel finit, bien évidemment, par faire aboutir l’enfant à la maîtrise de sa langue maternelle. Qu’il y ait conceptualisation par rapprochement de structures de phrases est soutenable, d’abord de façon fautive (il grandira il mourira, il courira). Il s’agit, en fait, dans notre remarque, de m.-s.g. donnés pour la conceptualisation, préparés et agencés de telle sorte que l’esprit puisse les saisir dans leurs relations.
Nous opposerons donc plutôt que grammaire implicitée / explicitée, grammaire conceptualisée / grammaire non conceptualisée.



1.1. La grammaticalité
Pour CHOMSY, un énoncé est grammatical quand un locuteur natif le considère comme appartenant à la langue et respectant les règles de celle-ci. On ne reviendra pas sur le caractère « introspectif », subjectif, de ce jugement. Qu’on admette « j’ai vu rien » (DDL) comme grammatical peut s’admettre, que dira-t-on de « j’ai vu rien du tout », de « tu viens avec ? », de « viens qu’elle dit » ? etc.
La cohérence grammaticale dépend certes de l’idiolecte considéré, ou d’un idiome circonscrit situationnellement (emploi de tel niveau de langue ou de telle forme discursive dans telle situation). On en vient à parler alors de grammaire décrivant les variations (tenues pour grammaticales dans le cas que nous considérons) par rapport à la langue (à l’usage le plus vaste, le plus neutre, fondamental3).

1.2. L’acceptabilité
L’acceptabilité présente les mêmes caractéristiques soit d’introspection et de subjectivité, soit de référence à un emploi précis de la langue, en fonction de multiples paramètres : dire qu’un énoncé est acceptable / inacceptable implique 1) qu’on le repère dans son énonciation 2) qu’on le repère dans son contexte (linguistique et situationnel). C’est évidemment un concept qui relève de la performance (alors que la grammaticalité appartient, pour CHOMSKY, à la compétence). Tentons de spécifier ce que recouvrent les idées de repérage contextuel et situationnel dont nous venons de faire mention.


1 – Repérage situationnel
Nous devons considérer :
Ø L’homogénéité socio-culturelle : il peut être tout aussi inacceptable d’utiliser un imparfait du subjonctif dans une cour de ferme qu’un « malgré que j’te l’ai dit » dans un conseil d’université
Ø Les conventions relationnelles : il est convenu qu’on ne s’adresse pas au cardinal comme à son collègue de bureau. Ce qui pose d’ailleurs la question des images de soi que l’on donne à prendre : soit l’on respecte ces conventions et l’on apparaît linguistiquement selon l’attente de l’interlocuteur, ou l’on brise cette attente en produisant une image linguistique de soi déviante par rapport aux types conventionnels1.
Ø Les conventions discursives (contraintes exercées par les situations réelles – émission / réception – et de communication sur le discours). Construire une lettre de demande d’autorisation d’absence pour un fonctionnaire implique le respect de certaines règles discursives.

2 – Repérage contextuel
Nous parlerons ici d’homogénéité contextuelle (lexicale ou grammaticale) : il s’agit des ruptures brutales, dans le discours, qui peuvent rendre un énoncé inacceptable. Ainsi l’élément souligné dans ce qui suit :
- « Ben moi, mon vieux, j’aurais souhaité qu’il revint. »
ou
- « Encore eût-il fallu qu’il Ø l’oublie pas. »
C’est ainsi sur deux plans que l’acceptabilité doit être considérée.
Contexte linguistique
Plan syntagmatique
« Se pourrait-il qu’il Ø vienne pas ? »
Plan paradigmatique
« - Se pourrait-il que tu me foutes la paix ?
laisses en paix ?


Relations situationnelles
Homogénéité socio-culturelle

Conventions relationnelles et discursives
L’explicitation qui est une des composantes de ce processus d’enseignement de la grammaire mérite qu’on s’attarde un peu plus longuement sur ses présupposés.

3 – Les présupposés de l’explicitation
Lors de l’activité d’explicitation, les unités grammaticales sont perçues selon trois dimensions : leur linéarité, leur discontinuité, leur sémantisme.
La discontinuité impose des contiguités linéaires, non superposables aux rapports syntaxiques, eux-mêmes différents des relations sémantiques. Ces phénomènes, difficilement conceptualisables par les élèves français, viennent interférer dans le cas d’un enseignement du français langue étrangère, avec les habitudes perceptives du public concerné. Il nous a semblé important de situer le problème de l'activité grammaticale, d’une part, par rapport aux différentes composantes décrivant l’acte pédagogique, mais aussi, et d’une façon plus sommaire, car nous ne prétendrons pas ici procéder à une étude psychologique qui déborderait notre propos, par rapport aux mécanismes perceptifs élémentaires qui viendront nécessairement prendre place dans le processus cognitif.
Nous examinerons ci-dessous les attitudes qu’impose cette activité grammaticale et les implications dans le domaine de la perception qu’on peut y reconnaître.

a) L’activité de réflexion grammaticale opère sur des unités écrites : elle impose donc la transformation du continu de l’oral en discontinu écrit. Elle pose le problème de la perception d’unités différentes de celles de l’oral et le repérage peut, dans la langue étrangère, ici le français, apparaître comme difficile, compte tenu du phénomène de préperception. Ainsi, un Mossi plaçant la modalité nominale après le nom (baagha : chien, baagha wâ : le chien) cherchera après le nom en français la trace de cette même modalité (qui le conduira à produire des énoncés fautifs du type : ce chien-là)
b) Il est nécessaire, d’autre part, de prendre conscience de groupements, de systèmes, et là encore les facteurs antécédents de la perception vont intervenir, l’étudiant ayant tendance à percevoir essentiellement ce qui constitue un système dans sa langue maternelle, à rapprocher des éléments linguistiques du français, de natures ou de fonctions différentes, mais remplissant des fonctions identiques dans sa langue. Un autre élément psychologique important est la loi de clôture qui tend à favoriser la perception d’ensembles clos : l’étudiant, afin de consolider son analyse grammaticale, déroutante pour lui, aura tendance à clore prématurément les micro-systèmes grammaticaux du français. Ainsi, « je pense à lui » sera aligné sur « je lui parle » en « je lui pense », « le voilà » sur « c’est lui » en « voilà lui », etc. Enfin, il peut y avoir, malgré l’explicitation, distorsion entre la signification reconnue et la signification initiale : c’est le « placage » d’une signification induite de ce qui est connu, en français, ou par analogie avec la langue maternelle.
Ces systèmes auxquels aboutit la réflexion explicite en grammaire sont évidemment des constructions théoriques1 qui ne sont pas immédiatement perceptibles dans la linéarité du texte.
Il faut, pour paraphraser Guillaume, d’abord les avoir bien compris pour bien les voir, d’autant plus qu’un même micro-système peut en français différer de l’oral à l’écrit.
Les phénomènes de proximité linéaire peuvent interférer avec la nécessité de saisir des systèmes, saisie dont la difficulté sera encore accrue par la clôture et la symétrie relatives.
Ainsi, partant de l’énoncé : « le petit chat », l’étudiant peut inférer qu’il existe en français un système adjectival dont la distribution syntaxique impose l’antéposition au substantif. Ceci au plan formel. En ce qui concerne le sémantisme (des temps, des modes, des aspects, ainsi que la perception des situations), le rôle des éléments culturels est prépondérant.
c) Il faut, d’autre part, reconnaître des hiérarchies, évidemment dissemblables d’une langue à l’autre, et de plus, contredisant la linéarité discursive. Il est certain que passer de cette continuité linéaire à la hiérarchie, par regroupement de termes reliés selon des schémas inapparents implique une activité intellectuelle assez considérable : ainsi, une phrase telle que : « le petit chat dort sur le divan » ne compte pas moins de six relations, que l’on peut grossièrement marquer comme suit :
3 ce qui pose un autre problème : qu’est-ce qui revient à la langue et qu’est-ce qui revient à la parole dans cette description ?
1 la sanction est manifestée dans des expressions du type : « mais pour qui se prend-il ? » ou au contraire : « il pourrait quand même faire attention à sa façon de parler, avec le poste qu’il a ». Un préfet ne peut adopter le langage des voyous, même s’il parle à des voyous, moins encore à la télévision…
1 ce qui pose le problème du parallélisme entre la théorie qui préside à l’analyse de la langue dans l’enseignement maternel et français ; on conçoit qu’un enseignement maternel où intervient une théorie « traditionnelle » de la grammaire rende plus difficile d’aborder le français par le biais, par exemple, d’une étude empruntant sa démarche à la linguistique fonctionnelle. Contrairement à ce qui a été fait jusqu’il apparaît donc comme utile de prendre en considération , lors des choix à opérer pour enseigner une langue étrangère, les conditions d’enseignement de la langue maternelle.






ConclusionDéfinir la grammaire comme « une théorie de la langue » théorie de la production d’un Emetteur idéal, ou « système » sous-tendant le divers de la parole, de l’usage, revient toujours, non seulement à se limiter à la phrase comme unité supérieure, mais encore – et dans le meilleur des cas si l’on fonde cette appréciation sur les manuels de grammaire – à décrire des systèmes tels que l’interrogation, la négation, l’emphase, la pronominalisation, etc… Evidemment, décrire ces activités syntaxiques, c’est déjà décrire les manipulations possibles auxquelles donne lieu le système. Mais est-ce décrire le fonctionnement véritable de la communication, que celui-ci soit traité en termes de distribution, de transformation ou de fonctions ? On peut en douter. Prenons un exemple : supposons un enseignement de langue fondé sur les principes les plus actuels de la linguistique structurale : notre étudiant, ayant bénéficié d’une pédagogie idéale, maîtrise parfaitement la taxinomie du français, possède la compétence de « produire et de reconnaître des phrases jamais entendues par lui » ; il connaît toutes les subtilités de la transformation négative, les distributions différentes de « rien » et de « personne » en position objet direct avec les temps composés, les limites des règles (« nul » sujet mais non objet) ; or, s’il se présente un énoncé fort commun du type de :
« - Il est pas mal ce film… »
notre étudiant n’éprouvera aucune difficulté à décoder ce message comme P + négation portant sur le prédicat. Peut-être ajoutera-t-il :
« - Moi, je dirais plutôt qu’il est assez bon… »
et on le surprendra beaucoup en lui rétorquant :
« - Mais c’est ce que je viens de dire ! »
On peut multiplier les exemples :
L’interrogation manifeste la question, mais aussi la déclaration (avoir des modalités à préciser) :
« - Pourquoi tout est-il si compliqué ? »
La déclaration, quant à elle, dit tout aussi bien un état de fait qu’une demande :
« - J’ai soif. »
Pour la négation, si elle donne forme à un refus ou à une opposition, elle est aussi atténuation :
« - Tu ne veux pas te pousser un peu ? »
« - Il n’est pas très malin… »

On a donc deux voies possibles :
1. Décrire les micro-systèmes grammaticaux dans des discours en situation. Comment être assuré, dans ce cas, de répertorier toutes les valeurs de ces m.-s.g. ?
2. Décrire des discours répertoriés en fonction de leur contenu informatif, avec un système de variables tel qu’il puisse être possible de rendre compte des variations des micro-systèmes grammaticaux. Cela pose évidemment le problème de la typologie des discours, en situation, c’est-à-dire confrontés à des finalités différentes, dans des registres différents.

Les questions sont nombreuses, les ruptures importantes dès que l’on aborde le discours, qui met en jeu la communication dans ce qu’elle a de réel, et non plus d’idéalisé à la façon des structuralistes, affirmant ce caractère pour le transmettre à une analyse ultérieure… Les rapports de l’Emetteur et de la situation, de l’Emetteur et du social1, les affrontements, le sous-entendu, aussi signifiants dans le discours que le sens véhiculé par le signe, se développent avec insistance et nul plus que le pédagogue n’y est sensible.

Quelques détails sur la grammaire cognitive



Une grammaire cognitive = une grammaire symbolique : chaque unité grammaticale possède un sens. Donc pas d'autonomie de la syntaxe.
La grammaire n'est donc plus conçue comme un ensemble de règles permettant de produire des phrases " correctes ", mais comme un inventaire d'unités symboliques conventionnelles de divers niveaux. La grammaire n'est qu'un inventaire de ressources symboliques qui représentent des formes avérées dans l'ensemble possible des structures symboliques complexes.
Abandon d'une approche véri-conditionnelle du sens pour une approche cognitive et " subjectiviste ". Une structure sémantique est définie comme la structure conceptuelle d'une unité symbolique. La composante essentielle qui explique cette capacité à conceptualiser de différentes façons une même situation est l'imagerie. Cette faculté permet d'associer un sens à des unités grammaticales qui en sont apparemment dépourvues.
L'évaluation de la conventionnalité (" phrases bien formées ") relève de la catégorisation qui place les phrases nouvelles comme des extensions des modèles schématiques ou comme s'écartant des conventions linguistiques établies.
I. Notions essentielles
A. Domaines cognitifs
Domaine = " contexte de caractérisation pour une entité sémantique ". (Dans un domaine, un élément se défini par opposition avec les autres)
Concept = " caractérisé par un emplacement ou une configuration dans un domaine "
Un domaine peut être élémentaire (domaine de base) ou complexe (domaine abstrait).
Les concepts s'acquièrent par l'usage avant tout (primauté de la pragmatique).
=> Centralité plus ou moins grande des concepts.
=> Notion de réseau conceptuel de définition d'un concept.
3 sous-classes d'unités sémantiques : choses, relations atemporelles et processus.
B. Structures
Structure = un élément cognitif.
Maîtrisée, elle prend le statut d'unité. (Utilisable de façon automatique).
3 types d'unités : sémantiques, phonologiques et symboliques.



C. Relations -- définitions
Possibilités de mises en relations pour former des structures plus complexes. Relations possibles : symbolisation, syntagmatique, jugement de catégorisation.
Mécanisme de base : comparaison entre structures. Notion de sanction totale ou partielle.
Identité <-> schématicité, relations partielles <-> prototypicalité.
Distance cognitive entre deux événements cognitifs = nombre de transitions dans une chaîne connectant ces deux événements.


D. Relations syntagmatiques
1. Relations entre composants
Quatre relations fondamentales pour construire des structures complexes (respectivement inclusion, séparation, identité, association) :

Proéminence : éléments proéminents = les éléments du premier plan qui se distinguent de l'arrière-plan (vu comme éléments de référence)
Conceptualisation nominale : éléments profilés = constituants individuels.
Conceptualisation relationnelle : le profil fait apparaître des interconnexions.
Profil temporel. Pour les processus, l'axe du temps est considéré comme une référence. Exemple : représentation du processus entrer.

Toutes les étapes ne sont pas forcément profilées : exemple arriver


* mise en correspondance (identité entre un élément de la structure globale et un élement d'un de ses composants).
Exemple :
figure de sous = figure de sous_la_table ; repère de sous = repère de sous_la_table = profil de table.
* profil déterminant : profil d'un composant servant de profil à la structure composite.
II. La grammaire
A. Règles générales
Valence
Le potentiel de valence = nombre de constituants de la structure en correspondance avec d'autres constituants.
Régularités. Quelques exemples :
* conceptualisations autonomes : désignent des choses * conceptualisations dépendantes : de nature relationnelle * site d'élaboration : chose saillante incluse dans le profil de la conceptualisation relationnelle.
B. Catégories, prototypes et schémas
Confrontation avec de multiples expériences entraîne construction d'un réseau de connaissances qui caractérisent un concept.
Prototype = une instance typique d'une catégorie.
Schéma (ou réseau schématique) = notion abstraite compatible avec TOUS les éléments de la catégorie ; il représente ce qui est commun. Les noeuds de ce réseau sont des structures cognitives, les arcs expriment soit une spécialisation, soit une extension.
Exemple : Apprentissage du concept [ARBRE]
Première époque :
Le sujet est confronté à des chênes, des érables, des ormes.
-> Il construit une représentation interne commune : le concept [ARBRE].
Deuxième époque :
Le sujet est confronté à un pin (beaucoup de similarités avec [ARBRE], mais aiguilles à la place des feuilles). Le sujet apprend que le pin est un arbre. Il y a alors appariement prototypique de [PIN] à [ARBRE]. En plus du nouveau concept [PIN] qu'il vient d'acquérir, le sujet élabore une nouvelle structure, [ARBRE'], schématisation de [ARBRE] et de [PIN].
-> Le sujet crée l'unité symbolique [[PIN]/[arbre]] à partir de [[ARBRE]/[arbre]].
Troisième époque :
Processus d'apprentissage répété pour d'autres types d'arbres.
-> création de nouveaux prototypes et de nouveaux schémas.

Raffinement des connaissances
élaboration et différenciation d'une catégorie après que sa généralisation initiale a été achevée. Ainsi, l'élaboration du concept [ARBRE] de la troisième époque prépare l'apprentissage de concepts plus spécifiques :
L'apprentissage s'articule donc autour d'un concept dont le niveau conceptuel serait équivalent au niveau de base d'Eleanor Rosch.

C. Analyse
L'analyse consiste à identifier les structures schématiques ou prototypiques pertinentes et à les instancier avec les constituants reconnus pour constituer l'image mentale correspondant à la scène décrite.
Nominalisation
Un processus est représenté par différents états d'un objet, successivement mis en relief. Ces différents états définissent une région implicite. Le profil défini par le verbe est le temps et les états, tandis que la nominalisation d'un tel processus met en relief cette région implicite.

Fonction sujet
Montre bien le sens attribué à une construction syntaxique. Hypothèse de Langacker : " le sujet a le statut de figure dans le profil d'une proposition ". Rend compte du choix du sujet selon la présence des cas instanciés dans l'énoncé par cette notion de profil. Avantage sur Fillmore pour rendre compte de la différence entre donner et recevoir : recevoir, à la différence de donner, ne profile qu'une partie de l'événement.
Sens " non littéral "
Dérivation d'une structure à partir d'une autre <-> extensions sémantiques.
Exemple :"Paris refuse de considérer la proposition d'accord sur les tarifs douaniers."
Cet énoncé peut être analysé ainsi :
[[PARIS/Paris] -> [GOUVERNEMENT-SITUE-DANS-PARIS / Paris]] ,
ce qui permet d'engendrer l'extension sémantique suivante :
[[VILLE/...] -> [GOUVERNEMENT-SITUE-DANS-VILLE / ...]] .
qui pourra par la suite devenir conventionnel.
Une relation de sanction a donc systématiquement des conséquences assez générales :
* le statut d'unité de [A] se trouve renforcé
* le statut d'unité des unités qui sont activées secondairement après [A] se trouve renforcé
* l'occurrence de la relation peut constituer un pas vers la conventionalisation de l'usage